A propos de la manifestation des taxis le 13 janvier 2014 - UPTP

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A propos de la manifestation des taxis le 13 janvier 2014

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Le 13 janvier 2014 une manifestation des taxis a eu lieu.

UN STATU QUO BIEN COMODE


Pour une lecture avisée de cet événement, Il est important de préciser les syndicats qui ont appelé à cette manifestation. Il s’agit en effet de la CFDT, CGT, FO, SDCTP et CST, avec la bénédiction marquée des loueurs de taxis.

Pour revenir à l’origine du conflit nous évoquons le fait qu’il était question d’abolir d’une manière partielle ou même totale le numerus clausus des taxis parisiens.  L’abolition du numerus clausus des licences taxis se heurtait à l’opposition des syndicats des artisans taxis qui refusent de perdre la valeur de leur licence chèrement payée.

Cette opposition est relayée par les grandes sociétés de loueurs de taxi qui bien installées dans ce marché ne voudraient pour rien au monde perdre cette manne que représente la location des taxis. Rappelons au passage que la location d’un taxi est de 910 Euro par semaine. C’est ce que nous pourrons appeler le prix à payer par les professionnels non détenteurs  de licence pour travailler.

Une situation de subordination qui pourtant échappe au droit du travail et à la sacro sainte obligation des 35 heures. Car pour payer le loyer le chauffeur de taxi est obligé de payer de 130 à 145 euro par jour hors  cout du diesel. Si d’aventure le locataire se repose un jour c’est non seulement des recettes en moins mais c’est toujours 130 ou 145 euro qui lui resteront à payer. Un double décalage impossible à rattraper les autres jours de la semaine.  La solution est donc de travailler 7 jours sur 7 et 11 heures par jour. Bref une situation d’esclave et pas seulement au sens figuré. Rappelons que le nombre d’heure réellement travaillées ne figure pas dans les bulletins mensuels fournis aux locataires pour réduire au minimum les charges sociales.

Cette rareté de la licence des taxis permet par ailleurs aux artisans taxi de compter sur la vente de leur licence (en principe en fin de carrière) pour un prix de plus en plus élevé. Un marché spéculatif qui n’est pas pour déplaire.

Profitant de sa position de fonctionner sous la tutelle du ministère de l’intérieur, les taxis engrangent les acquis comme par exemple l’irrationnelle exclusivité de transport des malades assis.

Ces démarches sont d’autant plus fortes qu’elles sont souvent appuyées par les entreprises des loueurs. Ces entreprises qui sont les véritables bénéficiaires des acquis obtenus par les syndicats des artisans taxi.

Et nous nous trouvons devant un flagrant délit d’alliance objective entre syndicat et patronat. Cette alliance qui entretient la rareté des licences fonctionne au détriment de 50 % des professionnels conducteurs de taxis locataires car non détenteurs de licences.

Les syndicats prétendent maintenir non pas la rareté mais  défendre l’équilibre entre l’offre et la demande et  militent pour une offre pouvant satisfaire la demande tout en gardant un volume d’offre apte à assurer un revenu décent aux artisans taxis.
Une pléthore de l’offre risque de déstructurer le secteur. Pour ces artisans taxis il s’agit d’augmenter l’offre en fonction de l’évolution de la demande en se basant sur l’évolution de l’indice de l’activité économique.

D’ailleurs les pouvoirs publics représentés  par la préfecture de police de Paris invitent chaque année les représentants  des syndicats taxi pour convenir ensemble de l’attribution des nouvelles licences.  

A ce niveau il me semble que le choix de cet indicateur qui est l’indice de l’activité économique est à bien à des égards discutable et contestable, car il méconnait l’évolution qualitative de l’offre des taxis qui peut être de nature à développer  un marché supplémentaire très important.

Cela explique d’ailleurs le développement important et rapide des VTC. Mais ce n’est pas là mon sujet.
Revenons à mon propos au sujet de cette main mise partielle sur le volume des nouvelles attributions des syndicats dans le cadre de leur présence dans la commission organisée et animée par la préfecture de Police. En effet les syndicats veillent au grain.

Dans ce cadre et petit à petit « un marché administratif » et manageriel autour des licences s’est développé au sein de ces syndicats. Ce marché se matérialise à travers les différentes commissions sur les achats vente de taxis, des recettes issues du marché de la gestion des locations taxis.

Par ailleurs, et dernièrement,  un marché parallèle à l’attribution à vu le jour et a connu un développement très rapide (et soit dit en passant très juteux)  portant sur la vente anticipée des nouvelles attributions. Ce qui a donné lieu à des listes d’attentes non seulement au niveau de la préfecture pour l’attribution (on va dire les attributions souche ou les attributions mères) et des listes d’attente au  niveau des syndicats pour des attributions dérivées  ou par anticipation. Bref un marché parallèle tenu d’une main ferme par les syndicats des taxis.

A ne pas oublier le marché que représente l’affectation des budgets de la région et conseil generaux pour les plans de formation dans le cadre de développement du transport urbain.

Le marché  pour ainsi dire se trouve relativement hermétique à tout changement et toute tentative de la part des pouvoirs publics de changement se trouve avortée soit par les syndicats soit par les lobbys  de patronat de loueurs voire par les deux.
Mais il se trouve que d’autres entreprises notamment de grands groupes ont aussi des visées sur le marché du transport urbain de voyageurs en France. Ces entreprises se trouvent marginalisées et sont confrontées à ce bloc bien établi entre les syndicats des artisans et les sociétés de loueurs.

LA VTC : UNE NAISSANCE DANS LA CONFUSION


Ne trouvant d’autre solution pour  répondre à leur demande, le gouvernement a entrepris une mise en scène pour le passage à l’action. Rappelons-nous  les conclusions du rapport Attali. C’était pour valider et donner plus de crédibilité et de poids à une éventuelle décision et tenter une brèche dans ce bouclier.

Devant l’échec de cette tentative, le gouvernement a choisi de procéder autrement par la mise en place d’un nouveau genre de licence : les VTC.

Rappelons que peu de temps avant cela et sous prétexte de simplifier la classification des différentes catégories de transport de personnes, la Grande Remise (qui faisait la particularité du transport de haut de gamme à Paris) a été tout simplement sacrifiée. Un simple décret vient en effet effacer l’existence des Grande Remise.  Tous les procès qui ont été intentés par les entreprises de Grande Remise suite à la perte de la valeur de leur licence (qui coutait rappelons le entre 150 et 200 milles euro) ont été en vain.

Et voilà juste après une décision qui les rétablit mais d’une autre manière et dans une autre appellation.
Ce  n’est pas la Grande Remise mais c’est de la Voiture de Tourisme avec chauffeur.

Si le ministère de l’intérieur ne peut pas logiquement délivrer ce genre de licence car ce serait en contradiction avec les licences taxi…

Et si le ministère de transport ne peut pas non plus les délivrer car pourquoi alors délivrer des licences trop alourdies par une règlementation de la LOTI jugée trop contraignante, complexe et désuète….

Alors qu’à cela ne tienne, il faut chercher un ministère de tutelle qui ne soit ni l’intérieur ni le transport !

Comme il s’agit de voiture de tourisme (le terme s’applique à la nature du véhicule et non à la nature de l’activité) nous voilà passés d’une confusion sémantique à une confusion administrative puisque le ministère de tourisme par le truchement d’Atout France devient distributeur de licence de transport.  

Une manière de sortir de l’impasse et d’ouvrir la brèche dans le monopole de fait qui caractérise le marché du transport urbain des taxis. En effet, les VTC ne se limitent pas à des services de mise à disposition au bénéfice des touristes, mais exercent tout simplement le transport de tout genre secteur taxi et secteur précommandé confondus.

Ce qui était surprenant c’est que les syndicats s’en soient accommodés pendant si longtemps. La réaction « épidermique et hystérique » attendue ne s’est pas produite. A croire que là le gouvernement a réussi à trouver un accord tacite :

UN MARCHE DE DUPES


Permettre au pouvoir public de répondre à la demande de mise en place et au développement  d’entreprises dans le secteur de transport urbain sans toucher aux licences taxis.

En contre partie, laisser aux représentants du secteur taxis (syndicats et loueurs) la main mise sur les licences et leur attribution

Ce qui à mon avis motive  les syndicats et le patronat des loueurs à accepter ce deal, c’est que toute activité concurrente ne bénéficie forcement pas des mêmes atouts que les taxis et est donc vouée à un déclin naturel (rappelons les exemples des entreprises comme Eazy tech et les voitures jaunes). Les contraintes sociales en France  et les charges qui en découlent  font que les marges sont non seulement faibles mais  souvent impossibles pour une structure d’entreprises classiques avec des chauffeurs salariés.

La vision des pouvoirs publics est tout autre.  En effet il s’agit dans un premier temps de lancer un pavé dans la mare pour établir un ancrage de cette nouvelle licence dans le paysage du transport urbain.  Ensuite il sera possible de procéder à une réglementation graduelle de cette branche.

L’objectif de cette réglementation graduelle c’est l’ouverture du marché du transport aux entreprises industrielles et financières sans susciter une opposition frontale des lobbys et syndicats des taxis.

Ainsi il restera toujours cette facilité d’obtenir une licence de transport VTC mais l’heureux bénéficiaire se trouvera de par la nature des règles de jeu (établies au fur et à mesure) dans l’incapacité de travailler en ion libre (la règle de décalage d’un quart d’heure entre la commande et l’exécution n’est qu’un début dans ce processus)

Ainsi, petit à petit un nouveau concept verra le jour basé

sur la nouvelle technologie
de communication (les applications par téléphone mobile qui ne sont que les classiques centrales d’appel  mais automatisées)
sur l’armée des sous traitants
que  ‘’Atout France’’ s’empresse de rendre disponible à ces entreprises (en deux ans quelques 3500 licences ont été distribuées)
sur une réglementation graduelle
qui sera de nature à ne laisser qu’une issue de survie au VTC , d’être sous –traitant des importantes entreprises nationales et internationales qui se chargeront de les presser et de les précariser. Nous verrons dès lors un renouvellement rapide et permanent des petits sous traitants VTC qui fera le bonheur de ces entreprises. Il n’y aura plus question de salaires et charges sociales ni de droit de travail ou de prud’homme.    

Malgré l’évidence de ce processus les syndicats n’ont pas réagi. De peur d’entamer un conflit avec le risque de perdre une position de monopole au niveau des nouvelles attributions des licences taxis.

quelques groupe ont pousser l'affront jusqu'à proposer à quelques syndicats de rabattre vers eux le professionnels taxi pour travailler en sous traitant VTC chez eux. Quielques responsables syndicaux du taxi ont déjà entamé des negociations pour l'acquisition massive de véhicules en vue de les proposer en VTC pour leur adhérents.   

Mieux que cela, bon nombre d’artisans taxis se sont engouffrés corps et âme dans la brèche. Ils ont confié leurs taxis à un gérant loueur et travaillent comme VTC.

Le piège se ferme petit à petit sur la formule taxi et ne lui offre plus qu'un avenir plein de précarisation. Quand on mange de la main du diable, il ne faut pas s’étonner de finir en enfer.

LA  MANUP / MANIF DU 13 JANVIER


Mais qu’est ce qui a donc déclenché tout d’un coup cette union sacrée des syndicats taxi et des loueurs pour manifester le 13 janvier ?

C’est tout simplement lorsque le ministre de l’intérieur a annoncé sa volonté de distribuer 1000 licences de taxi parisien avant la fin de l’année 2013.

Le ministre à ce moment vient de briser l’accord tacite et a décidé de s’occuper également de la distribution des licences. Les syndicats comme la CGT et patronat de loueurs comme la G7 dans le cadre d’une alliance objective et contre nature s’opposent farouchement à cette décision et déclarent les hostilités ouvertes en mettant leurs troupes dans la rue sous le prétexte de la révolte contre les VTC et la concurrence déloyale.

Les victimes chauffeurs de taxi ont mordu à l’hameçon et ont fait grève croyant qu’ils manifestent contre les VTC mais en réalité ce qu’ils ignorent c’est qu’ils ont servi les syndicats pour démontrer leur force de manipulation et de nuisance dans la rue.

Le ministère de l’intérieur semble être sensible à ce message. Des rumeurs au sein de la Préfecture de Police laissent entendre que les 1000 LICENCES dans la déclaration de Monsieur le Ministre seront  remplacées par les 1000 OFFRES de taxi.

La différence n'est pas que sémantique, elle signifie que les artisans auront les possibilités de procéder au doublage de leur licence pour louer la moitié des 24 heures non travaillées et ce jusqu’aux  1000 artisans qui en feront la demande les premiers. C'est un non événement par excellence car le doublage était toujours autorisé sur simple demande de l’artisan.

Quant aux nouvelles attributions, elles seront comme d’habitude décidées lors des commissions inter syndicales (convoquées par le Préfet) et basées sur l'évolution du fameux indice de l’activité économique et tout le monde est content.  

Il y a donc selon toute évidence une manipulation des taxis par leurs syndicats pour une manifestation en fin de compte contre leurs intérêts et il y a eu selon toute évidence une reculade du ministre de l’intérieur devant la force de nuisance des syndicats.

Ces derniers ont manifestement laissé des consignes pour faire le maximum d’effets. Ce qui a été bien suivi par des taxis qui ont brillé par leur crédulité.

Pour parler clairement,  les taxis locataires de base qui participaient à cette manifestation ne savaient pas que ce mouvement était contre leur intérêt, car retardait les attributions et par la même les maintenait dans leur situation ‘’d’esclavage’’.

Et parallèlement à  la tenue de la commission d’attribution qui se tiendra vraisemblablement  le mois de février, et comme par hasard les syndicats appellent à rééditer la manifestation le mois de février,  

C’est-ce une simple coïncidence ?
Qu’il y ait la manifestation de février ?
Faut voir cela de près
De très très près

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